Elsa Osorio

Elsa Osorio

Elsa Osorio, Tango (Éditions Métailié).

Tango, le roman d'Elsa Osorio s'ouvre sur cette citation de Jorge Luis Borges: "Bien que la dague hostile, ou cette autre dague, le temps, les aient enfouis dans la boue, aujourd'hui, au-delà du temps et de la mort funeste, ces morts vivent dans le tango", puis viennent les premiers mots qui décrivent le voleo d'une danseuse de tango. Et tout le récit de se déployer ensuite dans un enchaînement de figures pour recréer une histoire de Buenos Aires et de l'Argentine dont le personnage principal serait le tango.

C'est au Latina, haut lieu du tango à Paris, que Luis, un jeune argentin qui tente d'échapper à ses démons personnels et à son pays en crise, invite Ana à danser. Française d'origine argentine, sensuelle et bonne danseuse, Ana aime passionnément le tango. Les deux personnages réunis dans l'étreinte sensuelle de la danse, et bientôt par un projet de film sur le tango, découvriront que leurs deux familles, que tout oppose socialement, sont liés par une histoire et des ancêtres communs.

Avec la danse et la musique en fil rouge, Elsa Osorio retrace la saga des deux familles à travers leurs vies quotidiennes, leurs conflits, leurs amours, leurs passions, leurs joies, leurs malheurs, leurs luttes sociales et politiques, et tout ce qui a fait le roman de Buenos Aires et de la nation argentine depuis la fin du XIXe siècle. "Ta famille et la mienne, les deux extrémités de l'échelle sociale, dansant un tango de plus d'un siècle, avec ses figures et ses styles, ses cortes et ses quebradas, ses invitaciones et ses desplantes", s'exclame le personnage d'Ana. Une recherche des origines qui est l'une des constantes de l'oeuvre d'Elsa Osorio.

Elsa Osorio, Entretien avec Alexandre de Nunez (2007)

Tango, dont le titre original est Cielo de Tango, n'atteint peut-être pas tout à fait la hauteur de son ambition de grande fresque littéraire de Buenos Aires. Le style reste sage et relativement commun, du moins dans la traduction, tandis que la composition égare parfois un peu le lecteur en raison des multiples ruptures de la narration qui saute sans cesse de personnages et d'époques, sans l'unité et la fluidité qui caractérisent l'éxécution d'un bon tango, qu'il soit traditionnel ou contemporain. Mais il a au moins les mérites de la vitalité et de l'originalité et, avant tout, celui de parvenir à entraîner son lecteur dans l'histoire moderne de l'Argentine, dans sa mémoire collective et dans l'univers passionnant et passionné du tango argentin qui lui est consubstantiel.

Noël Blandin, le jeudi 04 janvier 2007